La Chine mise sur de nouvelles mesures pour relancer son économie

Quand la Bourse de Shanghai rouvre ses portes après une semaine de pause, ce n’est pas la fête. Les écrans virent au rouge, le yuan flanche, et le secteur manufacturier encaisse un nouveau coup. L’économie chinoise, moteur du continent asiatique, montre des signes de faiblesse qui inquiètent jusqu’aux parquets étrangers. Derrière les chiffres, une question plane : la Banque centrale chinoise saura-t-elle inverser la tendance ?

Glissement des actifs chinois

Les investisseurs espéraient une accalmie après les jours fériés, mais la réalité leur est tombée dessus sans ménagement. Les indices phares ont décroché, le yuan a reculé, et, dans le sillage, c’est une grande partie de l’Asie qui a vacillé. Les marchés mondiaux, déjà fragilisés par la vigueur du dollar américain et la hausse des rendements du Trésor américain, ont essuyé un nouveau revers. Les jours fériés en Chine ont simplement repoussé l’inévitable : la dégringolade des marchés, amorcée ailleurs, a frappé de plein fouet à la réouverture.

Face à cette tempête, la Banque populaire de Chine n’est pas restée les bras croisés. Pour soutenir l’économie, elle a décidé d’injecter des liquidités et d’inciter les banques à prêter davantage. Mais la nervosité persiste. Les doutes sur la solidité de la croissance chinoise se sont propagés, renforcés par la morosité du secteur industriel et les tensions commerciales avec les États-Unis.

PBOC : la stratégie des réserves obligatoires

Pour tenter de freiner la spirale négative, la Banque populaire de Chine (PBOC) a choisi d’agir sur un levier puissant : le taux de réserves obligatoires (RRR). Ce taux impose aux banques de garder une partie de leurs dépôts en réserve. En abaissant ce seuil, la PBOC libère des liquidités que les établissements peuvent réinjecter dans l’économie. Selon les prévisions, cette mesure devrait dégager près de 175 milliards de dollars destinés à soutenir la croissance.

Depuis l’automne 2017, la banque centrale a déjà réduit le RRR à quatre reprises. Certaines banques voient même leur taux baisser de 100 points de base, ce qui les autorise à ne conserver en réserve que 12,5 % à 14,5 % de leurs fonds. Cette nouvelle baisse, plus large qu’attendu, reflète l’urgence face à l’essoufflement du secteur manufacturier et à la pression exercée par les autorités américaines sur l’économie chinoise.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis continue de secouer le yuan, qui peine à résister face au dollar. Les analystes restent prudents, mais beaucoup estiment que cette injection massive de liquidités est un passage obligé pour éviter une contraction plus brutale.

Regards croisés des experts

Le dernier indice Markit Manufacturing Purchasing Managers’ Index (PMI) en dit long : tombé à 50 en septembre, contre 50,6 en août, il tutoie désormais la frontière entre expansion et repli. Le chiffre de 50 sert de baromètre : au-dessus, l’industrie progresse ; en dessous, elle recule. En clair, la dynamique s’essouffle.

Certains analystes anticipent déjà un nouveau geste de la PBOC d’ici l’an prochain, misant sur une nouvelle baisse du RRR pour doper la liquidité. Mais cette politique a un revers. Plus de liquidités, c’est aussi plus de pression sur le yuan. Merrill Lynch, par exemple, envisage une glissade de la devise chinoise jusqu’à 6,95 pour un dollar au début 2019.

Pour limiter la casse, la Banque populaire de Chine devrait tout faire pour maintenir la barre symbolique de 7 yuans pour un dollar. Dépasser ce seuil risquerait d’alimenter la défiance et de précipiter une fuite des capitaux. Plusieurs outils sont déjà sur la table : contrôle accru des mouvements de fonds, interventions sur les marchés, ou encore émission de bons à Hong Kong pour soutenir la valeur du yuan offshore.

La Chine avance donc sur un fil, entre relance et stabilité. Reste à savoir si ces manœuvres suffiront à redonner confiance aux investisseurs et à maintenir le cap. Quand la deuxième puissance mondiale vacille, c’est tout l’équilibre planétaire qui se met à trembler.