Aux abords de la City, le vernis des conseils d’administration craque. Là où la discrétion était jadis la norme, les actionnaires du FTSE haussent le ton, bien décidés à faire entendre leur voix sur la scène publique. Derrière les portes closes, la contestation gronde et les dirigeants vacillent sous la pression de débats qui ne se limitent plus à des chiffres, mais touchent à la gouvernance, à l’éthique et à la diversité.
Hausse de 25 % des différends
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon l’Investment Association, les contestations d’actionnaires lors des assemblées générales ont explosé de 25 % sur la dernière année. Rien que pour les six premiers mois de 2018, pas moins de 237 vagues de mécontentement ont secoué les entreprises du FTSE. Et ce n’est pas un simple bruit de fond. Le refus de réélire certains administrateurs devient presque un rituel, souvent motivé par des performances en berne. Mais ce n’est qu’une facette du problème : dans de nombreux cas, ce qui irrite, c’est le cumul des fonctions, des dirigeants parachutés sur plusieurs conseils, au risque de diluer leur engagement et leur vigilance.
Rémunération excessive
Autre sujet électrique : les salaires des dirigeants. L’analyse de l’IA met en lumière au moins 18 contestations directes contre des rémunérations jugées hors sol. Un exemple marquant : en juillet, BT s’est heurtée à une fronde d’actionnaires mécontents du salaire de 2,3 millions de livres accordé à son PDG sortant, alors même que l’entreprise annonçait la suppression de 13 000 postes pour alléger ses coûts. D’autres grands noms, comme Royal Mail, Astra Zeneca ou encore la célèbre agence WPP, ont également fait face à des votes de défiance sur le même terrain. Le phénomène s’amplifie : le nombre de révoltes liées à la rémunération a tout simplement doublé par rapport à l’année précédente.
Face à cette multiplication des conflits, Andrew Ninian, représentant de l’IA, a appelé les sociétés concernées à sortir de leur silence. Il leur demande de reconnaître leur part de responsabilité lorsque les votes sont majoritairement contre elles, et d’annoncer, dans les six mois, les mesures concrètes envisagées pour répondre aux attentes des actionnaires. Pourtant, beaucoup traînent des pieds : cette année encore, 29 entreprises déjà épinglées par le passé ont été à nouveau ciblées, dont près de la moitié sur la question des salaires.
Mesures gouvernementales
Pour tenter d’éteindre l’incendie, le gouvernement avance ses pions. Kelly Tolhurst, ministre en charge du dossier, a détaillé la feuille de route pour que les grandes entreprises deviennent réellement transparentes et responsables. Désormais, celles qui voient leurs propositions rejetées lors des votes en assemblée devront publier sans délai une déclaration, puis une seconde six mois plus tard, pour expliquer précisément comment elles ont agi suite aux critiques et les changements qu’elles comptent instaurer.
La ministre insiste : ce dispositif s’inscrit dans une série de réformes destinées à secouer la gouvernance des sociétés du FTSE. Diversité accrue dans les conseils d’administration, publication du ratio de rémunération entre PDG et salariés… Le message est clair : l’époque de l’opacité et des privilèges sans contrepartie s’effrite. La pression des actionnaires, relayée par des mesures politiques, pousse les patrons à sortir de leur tour d’ivoire. Le FTSE, longtemps bastion de l’entre-soi, doit désormais composer avec des voix multiples, résolues à peser sur les choix stratégiques. Reste à voir jusqu’où cette vague de contestation saura transformer la culture des entreprises, et si les dirigeants sauront, enfin, entendre ce grondement venu de la base.

