Un silence presque assourdissant. Tandis que le personnel de Ryanair brandit l’étendard de la grève, la compagnie se fait discrète, esquivant les projecteurs et les déclarations tonitruantes.
Dans l’ombre de ce tumulte, la Civil Aviation Authority (CAA), l’organisme indépendant qui veille au grain sur le transport aérien britannique, ne mâche pas ses mots : Ryanair doit indemniser les voyageurs touchés par les mouvements sociaux. La consigne est claire, la pression monte.
Vols annulés
La vague de grèves n’a pas tardé à laisser des traces bien concrètes. En une journée, près de 150 vols supprimés, soit 6 % du trafic quotidien de Ryanair. L’Allemagne, le Portugal, l’Italie, l’Espagne ou encore la Belgique en font les frais. Mais l’onde de choc ne s’arrête pas là : les passagers à destination du Royaume-Uni sont, eux aussi, entraînés dans cette pagaille aérienne.
Les chiffres donnent le vertige : plus de 24 000 voyageurs se sont retrouvés sur le carreau. Derrière chaque siège vide, des projets contrariés, des réunions manquées, des vacances écourtées.
La législation européenne, à travers le Règlement 261, pose un cadre sans ambiguïté : tout vol annulé ouvre droit à un réacheminement ou, si le cœur n’y est plus, au remboursement intégral du billet.
Ce n’est pas tout. Si l’annulation s’abat sur le passager moins de deux semaines avant le départ, la loi prévoit une compensation de 110 £, à condition que la compagnie soit directement responsable, ce qui inclut clairement les grèves internes.
Ryanair tente une échappée ?
Les compagnies aériennes, elles, cherchent parfois à tirer leur épingle du jeu. Lorsqu’une « circonstance extraordinaire » survient, tempête, éruption volcanique, elles peuvent esquiver le versement des indemnités. Mais certaines, Ryanair en tête, aimeraient bien élargir cette notion. Le but ? Éviter de mettre la main à la poche quand le personnel croise les bras.
Le duel entre la CAA et Ryanair s’intensifie sous les yeux du secteur.
Pour la CAA, il n’y a pas photo : quand la grève vient de l’intérieur, la responsabilité de la compagnie est engagée. Les clients ne doivent pas faire les frais de ces tensions sociales.
De son côté, Ryanair avance une tout autre version. Selon elle, ces mouvements seraient orchestrés par des syndicats, encouragés par des groupes de pression et même, pourquoi pas, par des membres d’équipage rivaux. Dans cette optique, la compagnie tente de classer ces grèves comme des événements échappant à son contrôle, relevant donc de la fameuse « circonstance extraordinaire ».
Impact sur le cours de l’action
Sur les réseaux sociaux, la colère gronde. Les témoignages affluent, les récits de galères s’accumulent. La gestion de cette crise par Ryanair ne passe pas inaperçue : réputation écornée, confiance abîmée. Une cliente raconte comment sa famille, coincée à Lisbonne, a dû improviser deux nuits d’hôtel, faute de solution proposée, un scénario loin d’être isolé.
À la City, l’affaire fait froncer les sourcils. Si le bras de fer entre la CAA et Ryanair s’enlise, la sanction ne se fera pas attendre : le cours de l’action risque de tanguer, offrant une aubaine à la concurrence. Sous la surface, c’est toute la fidélité à la marque qui vacille, passager après passager.
Quand une compagnie laisse le brouillard s’installer sur ses responsabilités, c’est toute la confiance qui se dissipe. L’affaire Ryanair n’a pas livré son épilogue, mais une chose est sûre : les avions ne sont pas les seuls à devoir atterrir sur leurs obligations.

